Une note sur le concertina

 Le concertina est apparu la première fois dans les années 1829-1830 – le seul instrument, d’ailleurs, inventé par un anglais, Sir Charles Wheatsone – et a été employé par des virtuoses comme instrument de musique classique ; au 19ème siècle en Music-Hall et régulièrement comme instrument de musique traditionnelle. Finalement, on le trouve maintenant en accompagnement des danses Morris rituelles dans toute l’Angleterre et fréquemment joué dans des groupes ou par un musicien seul, souvent en association avec du chant.

Il y en a deux versions principales (bien qu’il y ait d’autres formes comme le concertina double). La première est appelée concertina anglais, un modèle développé par Charles Wheatsone dont l’entreprise a continué à fabriquer des instruments jusqu’en 1968 et par Harry Crabbe, fabricant le plus connu qui a arrêté la production dans les années 1980 (il y avait d’autres fabricants, bien sûr, comme Lachenal dont la société a connu un pic de production dans les années 1930). La seconde version du concertina est connue sous le nom de concertina anglo-allemand (l’anglo), le fabricant le plus connu étant Charles Jeffries. Le développement de l’anglo a commencé avec l’adaptation d’instruments diatoniques allemands comme le mélodéon et l’accordéon, principalement grâce au travail de Carl Uhlig. Sa meilleure vente, dans une version à deux rangées, était une alternative peu chère au modèle anglais relativement compliqué et onéreux. Sa production s’est étendue, principalement en Angleterre, dans les années 1850.

La différence entre les deux instruments est dans la manière dont les lames sont disposées. Avec un concertina anglais, il est possible, moyennant une bonne maîtrise des deux mains, de jouer des morceaux en poussant puis en tirant et en combinant les deux mouvements simples des bras et des mains ; mais les notes sonnent de manière identique en tirant et en poussant. Avec l’anglo, les notes sont différentes en tirant et en poussant, il est là aussi possible de combiner les deux mouvements pour obtenir un bel effet. Comme avec tout instrument à lames, il est possible de changer les réglages de n’importe quelle lame pour s’adapter aux besoins du joueur.

On peut penser que l’usage le plus inventif et le plus sophistiqué de l’anglo a été dans la musique irlandaise. Des instruments ramenés directement par bateau du continent européen et remontant le Shannon vers Limerick sont devenus disponibles en Irlande à la fin du dix-neuvième siècle, arrivant par chance dans le county de "Clare" (sur la côté ouest) fréquemment associé à la musique irlandaise jouée au concertina. On peut citer, au hasard dans la longue liste des musiciens, Mrs Elizabeth Crotty, Solus Lillis, Paddy Murphy – tous décédés – et, nous ramenant à notre époque, Noel Hill et Yvonne Griffin. L’armée anglaise a aussi laissé des concertinas en héritage : les travailleurs irlandais qui ont émigré en Angleterre dans les années 1930 ont ramené les instruments chez eux et on en trouve parfois sur les étagères des boutiques locales.

Bien sûr, l’utilisation du concertina en France ne peut pas être qualifiée de traditionnelle ; mais il est probable qu’un jour l’accordéon a été qualifié de non traditionnel… et avec de l’attention et du respect des pratiques traditionnelles, il ne semble pas y avoir de raison pour laquelle le concertina ne serait pas avantageusement employé. Je me rappelle des mots du leader d’un des rituels Morris les plus respectés d’Angleterre… Sur l’introduction d’un morceau – Italien, je me souviens – et au terme de la danse particulière, une voix s’est élevée de la foule, suggérant en plaisantant à moitié que le morceau n’était pas traditionnel. Le leader a répondu, un peu essoufflé après sa prestation : "maintenant, il l’est !" et la vigueur avec laquelle avait été joué et dansé ne laissait aucun doute à ce sujet.

Mon concertina est un modèle Jeffries à trois rangées, âgé d'une bonne centaine d'années, accordé en Do et Sol mais avec lequel on peut assez facilement jouer sur d'autres tonalités, Fa ou Ré par exemple. A ce sujet, il est possible d'obtenir des concertinas accordés dans une grande variété de tonalités, normalement avec un écart de 5 notes, par exemple Do-Sol ou Sib-Fa.

 Il est donc facile d'adapter directement les airs de danse joués dans la région et bien sûr, les codes et expressions sont semblables à ceux utilisés ailleurs en musique de danse traditionnelle.

  Il est clair que je suis un novice en danse traditionnelle française, mais le concertina peut apporter un saveur particulière et devenir un apport intéressant grâce à des techniques de jeu simples : jouer à l'octave (doubler), raccourcir ou garder une note pour l'accentuer, ou ajouter des ornements sont une source d'exploration. Notre chef et les autres membres de groupe me diront certainement si j'ai raison mais ces techniques ne semblent pas très différentes de celles utilisées pour l'accordéon.

 Je me rends compte que notre utilisation de l'instrument est une première en France, j'ai été immédiatement contacté par Roly Scales qui joue de l'anglo ici (sacrée coïncidence !). Il serait intéressant d'avoir l'avis d'autres joueurs de notre pays ou d'ailleurs.

Roly Brown, le 4 juillet 2001

Traduction : Jean-Luc Barraud "Los Vironaires".

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